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Le Serpent et l’Indien

D’après une histoire des Indiens d’Amérique

En ces temps reculés, le soleil s’était arrêté au-dessus de la Terre, comme s’il allait la regarder indéfiniment de son œil de feu. Il n’y avait ni ombre, ni nuit. Les bêtes et les hommes, qui avaient déjà inventé le sommeil, avaient bien du mal à dormir. Et s’ils s’assoupissaient un instant, la brûlure de la lumière leur mordait les yeux et les réveillait bien vite.

Seuls les Serpents s’en accommodaient. On les voyait se glisser sous les pierres, ou s’enfouir sous les racines d’un arbre, quêtant l’humidité et l’ombre. La raison en était simple : les Serpents possédaient la nuit et les ténèbres. Par quel incroyable hasard ? Personne ne le savait. C’était ainsi.
Quand les Indiens apprirent cela, ils décidèrent d’y mettre fin. Il leur semblait profondément injuste que seuls quelques-uns détiennent le sortilège de l’Ombre. Le grand chef des Indiens s’enfonça donc profondément dans la grande forêt, là où les serpents vivaient, pour les prier de partager les ténèbres avec tous.

Le Roi des Serpents dormait dans son palais d’ombre fraîche quand le grand chef des Indiens se présenta devant lui. Au bruit qu’il fit, le Reptile se réveilla en sursaut.

  • Qui es-tu, toi qui oses interrompre mon sommeil ? siffla-t-il, furieux.
    L’autre leva les bras en signe de paix et déposa devant le Serpent un arc magnifique et des flèches aux pointes d’or.
    Je ne suis qu’un pauvre homme qui vient te demander un peu de nuit et de ténèbres. En échange, voici le plus beau présent que je puisse t’offrir.
    Le Serpent le fixa de son œil immobile.
  • Que puis-je faire d’un arc et de flèches, moi qui n’ai pas de bras ni de mains ?
    Le grand chef des Indiens se dit que l’animal avait raison. Il retourna au village, et convoqua le conseil des Anciens, qui décidé d’offrir au Serpent une crécelle. « Sage idée, pensa le grand chef, elle lui sera utile pour accompagner les danses de son peuple. » Il s’aventura de nouveau au cœur de la forêt. Le Roi des Serpents l’attendait. Il considéra la crécelle d’un air songeur.
  • Que puis-je faire d’une crécelle, ô homme, moi qui n’ai pas de mains ?
    Mais cette fois, le grand chef des Indiens avait une réponse.
  • Je vais l’attacher au bout de ta queue, ô Serpent. Cela t’amusera.
    Ce qu’il fit. Et quand le Roi des Serpents remua la queue, la crécelle grinça. Il trouva cela assez drôle, en effet. Alors, il donna au grand chef des Indiens un peu de nuit et de ténèbres, qu’il emprisonna dans un sac de cuir.
    L’homme soupesa le sac. C’était très léger.
  • Dis-moi, ô Roi des Serpents, que voudrais-tu en échange de la nuit toute entière et de ses ténèbres ?
  • Ce que tu me demandes là est considérable. Cent crécelles ne suffiraient pas. Apporte-moi plutôt une cruche de ce terrible poison dont vous enduisez la pointe de vos flèches.
    Et le grand chef des Indiens retourna au village. Les siens le reçurent triomphalement et lorsqu’il ouvrit le petit sac, la nuit et les ténèbres recouvrirent la Terre. Les Indiens purent alors se reposer. Mais le sac était minuscule et la nuit fut de courte durée. Les Indiens ne s’accommodèrent pas de ce jour si long et de cette nuit si courte. On convoqua le conseil des Anciens, qui autorisa le grand chef à porter au Roi des Serpents une cruche pleine de poison.

Ce fut un travail très long et très dur de recueillir goutte à goutte tout ce poison, mais ils y parvinrent, tant leur désir de ténèbres était grand. Pour la troisième fois, le grand chef des Indiens s’enfonça dans la forêt. Le Roi des Serpents avait fait préparer dans un grand sac une longue nuit pleine de ténèbres et il l’offrit à l’homme en échange de sa grosse cruche.

  • Je te remercie, au nom des miens, ô Roi, dit le grand chef des Indiens. Mais une chose m’intrigue : que vas-tu faire de ce terrible poison ?
  • Vois comme nous sommes, soupira le Serpent. Petits, faibles pour la plupart, inoffensifs et désarmés. Trop de gens nous font des misères. Ce poison servira à nous défendre, à l’occasion
    L’homme hocha la tête. Il était juste que tous puissent se défendre et se protéger. Il mit le grand sac sur son épaule et s’apprêta à repartir.
  • Surtout, n’ouvre pas ce sac avant d’être arrivé chez toi. Les ténèbres envahiraient la Terre avant que j’aie eu le temps de distribuer le poison à tous les miens.
    Le grand chef promit et s’en fut vers son peuple. Mais sur le chemin, les animaux l’arrêtaient pour lui demander ce qu’il avait dans son grand sac. Quand il l’expliqua, les animaux étaient si impatients de voir les ténèbres qu’ils lui arrachèrent le sac des mains et l’ouvrir en poussant des cris de joie. Aussitôt, les ténèbres envahirent la Terre.
    Ainsi qu’il l’avait dit, le Roi des Serpents était en train de distribuer le poison aux siens. La grande nuit noire l’empêcha de poursuivre sa tâche. Pire, les Serpents, affolés, se bousculant pour avoir leur part, firent tomber la cruche de poison. Ce fut le plus grand désordre. Les uns réussirent à prendre une grande quantité de poison, d’autres en eurent peu et certains pas du tout.

Voilà pourquoi, aujourd’hui, il y a des Serpents venimeux, dont la morsure est parfois mortelle, et des Serpents qui ne le sont pas. Et ce n’est pas toujours facile à deviner. Sauf pour la famille du Roi : ceux qui en font partie portent tous une crécelle au bout de la queue, ce petit cadeau amusant faut un jour par le grand chef des Indiens.

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